Journée d'étude "Les Murs"

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Publié le 5 mai 2023 Mis à jour le 22 mars 2024
Date(s)

le 15 juin 2023

Lieu(x)

Campus Saint Jean d'Angely

Salle de conférence 031 - rez-de-chaussée MSHS Sud-Est
Image Mur JE 15 juin 23
Image Mur JE 15 juin 23

15/06/2023. Cette journée d'étude est consacrée à la notion de "mur". Elle est soutenue par l'axe 4 de la MSHS Sud-Est et se déroule dans le cadre des séminaires de l'axe 1 du LAPCOS.

Résumé :
Le mur est cette structure ambivalente qui, selon les contextes, constitue une limite, une frontière, avec un en-deçà et un au-delà, mais qui procède tout à la fois de la clôture et de la circulation, des hommes, des biens et des idées pour reprendre le triptyque lévi-straussien. Le mur est souvent donné comme le prototype ou la synecdoque de l’enfermement et de la privation de liberté, ou de la sanctuarisation des idées, proche dans les deux cas de l’institution totale selon E. Goffman. Il est dans le même temps la surface que l’on peut, non sans difficulté, percer, repousser, transformer pour accéder à d’autres dimensions sociales. S’il est une limite dont Heidegger dit qu’elle « n’est pas ce où s’arrête quelque chose, mais cela où quelque chose commence », il faut aussi le considérer comme une interface, un objet, un matériau, dont les qualités sont la porosité, l’imperméabilité, et qui porte en lui-même les facultés de passage et d’interpénétration. Support à deux faces, et selon les faces, il permet l’exposition graphique ou artéfactuelle, individuelle ou collective, des pensées, revendications et ressentis des individus et groupes d’individus. On habite donc en fonction du mur, considéré comme proche ou lointain, aménageable ou imposé, vrai ou immatériel voire métaphorique, rupture ou continuité, etc. Les expressions sont nombreuses (« au pied du mur », « pousser les murs », « sortir des murs », « faire tomber les murs ») qui expriment toute l’ambiguïté de cette notion et font comprendre qu’elle ne peut pas être réduite à sa simple dimension architecturale.
A ce titre, l’expression de Lacan « mur du langage » est tout à fait exemplaire. Telle qu’elle est initialement utilisée, le mur du langage image une coupure interne lié au fonctionnement psychique du sujet dépendant du langage. L’Autre, habitant l’autre côté de ce mur, est inaccessible, c’est le voisin inatteignable mais nécessaire. Je veux atteindre l’Autre par la parole mais celui-ci se révèle hors de portée. C’est ainsi que, faute de l’atteindre, cet Autre côté du mur est la source inépuisable des fantasmes ou des délires que nous rencontrons dans la clinique. Cette dernière peut en effet se déployer comme l’éventail des positions du sujet vis à vis de ce mur du langage et des usages qu’il en fait. Enfin, cette expression « mur du langage » est à lire à plusieurs niveaux : le mur du langage est certes métaphorique du fonctionnement psychique, mais ceci implique que tous les murs, ceux de la réalité, s’avèrent aussi faits de langage. Le rapport du sujet au mur du langage tapisse donc les murs de la réalité. D’où l’intérêt clinique pour la variété, symptomatique tout autant que créative, de nos rapports aux murs.

Cette journée fait suite à celle qui a été réalisée à l'Université de Rennes en janvier 2023.

Programme :
  • 9h30 : introduction de la journée par Agnès Jeanjean et Philippe Hameau (LAPCOS)
  • 10h00 : Fanny Lalande (Lyon 2) et Philippe Hameau (LAPCOS)
    Graffiti de prison "revisités" et murs d’expression
    Pour le détenu, le mur de la prison peut constituer un mur d'expression, officiel quand il se confronte à ses cocellulaires mais officieux pour l'administration qui réprime ces écrits. Nous analysons aussi le jugement du public qui visite les lieux d'incarcération et de ceux qui mettent en place ces visites et expositions de graffiti.
  • 10h30 : Chloé Rosati-Marzetti (LAPCOS)
    Le fronton du Plan de Grasse, un symbole identitaire
    Au Plan de Grasse a été construit un fronton pour la pelote provençale puis pelote basque. Nous discutons de ses utilisations, notamment quand les pelotaris ne l'utilisent pas. Ce mur continue d’endosser une forte fonction identitaire pour le village.
  • 11h00/11h15 : pause
  • 11h15 : ‘Ada Acovitsioti-Hameau (association ASER)
    Le mur en pierre sèche
    En partant de la question des haies végétales et des usages qui y sont attachés (boisillage, cueillettes, chasses, confection de charbon de bois, etc.), le terme de "bocage lithique" a été proposé, significatif de la proximité qui existe entre dispositif en plantes et dispositif en pierres sèches. Une réflexion sur la place et la fonctionnalité des pierriers, des murs et d’autres aménagements plus ou moins sommaires, amène à réaliser l'importance de ces structures pour l'ordonnancement des terres et des activités dans les campagnes et à penser la division territoriale et les obligations et conflits sociaux qu'elle génère (enclosures, ha-ha, etc. : murs de la faim ou murs de richesse). On ne peut oublier, bien sûr, le rôle primordial de ces aménagements pour le soutènement des terres, la circulation des eaux, l'exploitation raisonnée des espaces, les traçages et les accotements des chemins, etc. Loin d’être un simple compartimentage des territoires, les murs participent à une gestion partagée de l’espace et à une coopération de tous les groupes sociaux.
  • 11h45 : Daniele Larcéna (Emérite Avignon)
    La Muraille de la Peste, une barrière contre l’épidémie ?
    Extraordinaire aventure, il y aura bientôt trois siècles : en cent jours, des comtadins bâtissent un mur de 27 kilomètres de long pour se protéger d’un bacille mortel : la PESTE ! Il en reste une petite Muraille de Chine, qui coupe en deux les Monts de Vaucluse. Elle est la trace, bien vivante, de cette histoire, brève et terrible.
    La « LIGNE », comme on l’appelle encore, est l’ossature d’une frontière décidée en haut lieu et construite, pierre par pierre, par de petites gens contraints et pestant. Elle est la trace de territoires morcelés et contrôlés où celui qui va de sa maison à son champ doit franchir une barrière, où celui qui passe et qui traverse est toujours suspect. Les cheminements vers les villages nous mènent à travers la montagne, comme les voyageurs qui tentaient de franchir cet enfermement, colporteurs, bergers et paysans, vagabonds.
  • 12h15 : Cédric Parizot (Aix-Marseille)
    Le Mur comme "mouvement" : Le cas d’Israël Palestine
    A partir d’observations ethnographiques réalisées à la fois du côté israélien et palestinien entre 2000 et 2013, je propose d’envisager le « Mur de séparation » érigé par Israël à partir de 2002 en Cisjordanie occupée non comme un édifice mais comme un mouvement agissant. En m’appuyant sur des cas concrets, je montrerai dans un premier temps qu’au fur et à mesure de sa construction, étalée sur plusieurs années, le Mur a reconfiguré les espaces de vie des populations, ainsi que leur rapport au monde. Dans un second temps, je soulignerai que ses mouvements, ses formes et ses capteurs affectent les modes de correspondance entre les populations qui vivent de part et d’autre de son tracé. Enfin, dans un troisième temps, j’insisterai sur le fait que, même une fois achevé, il ne cesse de se reconfigurer. Dégradé, abimé, par les éléments et les Palestiniens qui l’enjambe ou le travers, il est constamment réparé et modifié par les Israéliens. Ses transformations et ses mouvements affectent alors encore une fois de plus les paysages, les corporéités et les conditions d'expérience des personnes qu'il est censé protéger. Ainsi, plutôt que de figer et de séparer les espaces israéliens et palestiniens, le Mur infléchit différemment leurs mouvements.
  • 12h45/14h00 : pause
  • 14h00 : Philippe Rosini (LAPCOS)
    Défaire le mur. La production de déchets nucléaires lors d'opérations de démantèlement
    Je compte traiter du mur comme un déchet en devenir, comme un objet/matériau examiné et faisant l'objet d'opérations techniques et d'options de démantèlement qui correspondent en dernière analyse à des choix sociaux, dictés par des "logiques" pas forcément compatibles entre elles... Il me donne l'occasion de parler de ces infrastructures technologiques vieillissantes (obsolètes ?), des matériaux, du traitement technique et bureaucratique des déchets et plus largement d'interroger nos modes de production...
  • 14h30: David Bernard (Rennes 2)
    L’espace de l’être parlant
    L’espace, en tant que structuré, est selon Lacan effet de langage. Freud déjà l’avait entrevu, soulignant que le premier jeu d’un enfant d’à peine deux ans, mettait en scène un « fort" et un « da", un là-bas, et un ici. Entre les deux, il y aura la distance nécessaire au désir. En cela, il y aurait une nécessité du mur. Nous tâcherons de le démontrer, à l’appui de la clinique. Que serait en effet « une vie sans mur » ? Un pur cauchemar, verra-t-on.
  • 15h00 : Stévan Le Corre (Rennes 2)
    L'inconscient passe-muraille
    L’inconscient, dont la psychanalyse fait l’hypothèse, n’est pas à rechercher au cœur de l’en-ceinte fortifiée de l’âme humaine mais toujours à l’envers d’un décor, de l’autre côté d’un mur.
  • 15h30/15h45 : pause
  • 15h45 : Frédéric Vinot (LAPCOS)
    Danse, espace et trauma
    Comment permettre une nouvelle expérience du corps, de l'espace et du rapport à l'autre suite à un vécu traumatique ? Nous nous interrogerons sur la façon dont les murs d'un studio de danse peuvent être autre chose que protecteurs, enveloppants ou séparateurs. Ils peuvent être aussi l'occasion de reconstruire un trou symbolique dans l'espace... Cette communication s'appuiera sur des observations et témoignages recueillis lors d'ateliers de danse menés dans le cadre du programme de recherche Idex #14juillet2016 portant sur les conséquences spatiales de l'attentat de la Promenade des Anglais.
  • 16h15 : Sosthène Ibouanga (LAPCOS)
    Murs et clôtures de la discorde au Gabon : défendre les plantations et les hommes contre les prédateurs
    Avec la déforestation, les animaux, notamment l'éléphant cherche souvent sa nourriture dans les zones cultivées en forêt gabonaise. Les cultivateurs veulent les en chasser, parfois avec des armes, mais l'animal est protégé. Des conflits s'ensuivent, d'autres moyens coercitifs comme des clôtures électrifiées sont mis en place. Toutefois, c'est parfois l'animal qui tue l'homme. On regardera des deux côtés du mur ce que sont et font les hommes et les animaux.
  • 16h45 : clôture de la journée
Date(s)
Du 14 juin 2023 00:00 au 16 juin 2023 - tous les jours, jusqu'au 14/06/2023
Lieu(x)
Campus Saint Jean d'Angely